24 abril 2012

Un ciel blanc et plat / Um Céu Branco E Plano


Un ciel blanc et plat

L’immeuble est silencieux. Encore une matinée identique aux autres. Chacun a quitté les lieux pour accomplir sa tâche quotidienne. La mienne, cette nuit, s’est composée de peu de choses. Comme souvent. Marcher de long en large dans les allées du cimetière avec ma torche et son auréole de lumière. Écouter mes pas sur le gravier et le bruit des os secs sous les pierres gravées. Les morts ne parlent pas beaucoup. Ou bien je ne sais pas les entendre.
Quelques mômes sont venus fumer des joints sur une tombe. Celle d’un aïeul , d’un inconnu, d’un soldat ou d’un poète, va savoir ! Ils n’ont pas fait de bruit, n’ont pas bougé. Je les ai salués en passant. Ils sont restés silencieux. Peut-être que, coincés dans leur trip, ils m’ont confondu avec un fantôme. Ils avaient l’air tranquille. L’air de mômes à la recherche d’un coin où respirer un peu, un coin où personne ne les ferait chier. Je ne les ai pas fait chier. Ils ne gênaient personne, se contentaient d’aspirer quelques grammes de brouillard histoire de camoufler un monde difficile à piger. Je les ai observés de loin, avec la petite braise orange qui tournait dans la pénombre. Ils sont repartis bien avant les premières lueurs du jour. Ils avaient déjà compris qu’on ne peut pas planer éternellement. À un moment donné, il faut choisir son camp. Parmi les morts ou les vivants. Un avenir les attendait quelque part. Avec des parents exigeants et des profs désabusés. Un avenir qui leur fichait la trouille, mais qui n’avait pas encore perdu toutes ses couleurs. Je pouvais bien leur foutre la paix, au moins pour quelques heures.
C’est étrange, il me semble que je n’ai ni avenir ni passé. Je suis coincé dans un instantané éternel où rien n’a de prise sur ma vie. Ma vie elle-même est totalement abstraite. Lorsque je me mets à y réfléchir, les choses cascadent trop vite et je me noie. Il me faut m’accrocher à la margelle de choses tangibles comme le bruit des moteurs dans la rue. Dehors le ciel est blanc et plat. Je sors une bière du frigo. Juste pour faire savoir à mon corps qu’il aura sa dose. Tout à l’heure. Après le café et quelques biscottes tartinées de silence.

Um Céu Branco E Plano

O imóvel está silêncio. Mais uma matina repetida. Cada um deixou os lugares para preencher a sua quota de vidinha. A minha, esta noite, compôs-se de um quase nada. Como de outras vezes. Caminhar em lati e longitude nas alamedas do cemitério com a minha lanterna e sua auréola de luz. Escutar os meus passos no empedrado e o resfolego sonoro dos ossos secos debaixo das pedras incrustadas. Os mortos não falam muito. Ou talvez eu não os saiba ouvir. Alguns bandos vieram fumar uns charros em cimas das campas. Sejam essas de um antergo, de um desconhecido, de um soldado ou de um poeta, quem saberá! Não fazem barulho, não se mexem. Ao passar por eles, cumprimentei-os. Eles continuaram silêncio. Talvez que acurralados nas suas viagens eles me tenham confundido com um fantasma. Eles tinham um aspecto sereno. Aspecto de bando à procura de um canto onde respirar um pouco, um canto onde ninguém os mortifique. Eu não os torturei. Eles não estavam a incomodar ninguém, contentavam-se em aspirar algumas gramas de confusão história de camuflar um mundo difícil de mensurar. Observei-os de longe, com a pequena brasa laranja que crepitava na penumbra. Eles foram-se embora muito antes dos primeiros alvores do dia. Tinham já compreendido que não é possível planar eternamente. A determinada altura, é preciso escolher um lado. Entre os mortos ou os vivos. Um devir os esperava em qualquer parte. Com pais exigentes e professores sem ilusões. Um devir que os formatava, mas que não tinha ainda perdido todas as suas cores. Eu podia muito bem dar-lhes cabo da paz, pelo menos durante algumas horas.
Estranho, parece-me que não tenho futuro ou passado. Estou encurralada num instantâneo eterno onde ninguém se apropria da minha vida. A minha vida, ela própria, é totalmente abstracta. Quando me ponho a reflectir sobre isso, as coisas cascatam demasiado depressa e eu difumino-me. Precisava de me enganchar numa caçamba de coisas tangíveis como o barulho dos motores na rua. Fora o céu está branco e plano. Tiro uma cerveja do frigorífico. Imediatamente. Depois do café e de alguns biscoitos barrados com silêncio.

(trad : alberto augusto miranda)